Aujourd’hui, j’ai décidé de me pencher sur la question de l’identité nationale… en voilà un bon sujet propice aux plaisanteries légères et plein d’accointances avec la gastronomie!
Comme vous le savez peut-être, la vie est ainsi faite qu’on me demande toujours, en me rencontrant pour la première fois, « d’où je viens », et quand je réponds avec courtoisie, tout le monde s’esclaffe, ça met de l’ambiance dans les dîners au Gasthof. Je m’y suis fait, n’y vois pas malice et souris gentiment, principalement parce que je suis charitable et rétif aux conflits en plus d’arborer un teint naturellement hâlé en été (épatant, non?). Et puis on dirait que je vois le mal partout, que c’est une curiosité bien naturelle, après tout mon visage a juste l’air de venir d’ailleurs!

Par exemple, mon identité nationale a régulièrement été contrôlée par la police, toujours très poliment; d’ailleurs, ici aussi, la Polizei reste aimable quand elle me contrôle…
Je fais un effort pour ne pas m’offusquer quand on me parle de burkas (on dirait que sur mon front y a écrit « s’y connaît en burka »); pourtant j’adore les décolletés, surtout ceux de ma belle-soeur qui ne fait pas de régime, ils me ravissent toujours par leur… puissance évocatrice.
Je vois bien que ça en décontenance pas mal, mais le fait est que non, je ne me sens pas concerné directement par le douloureux conflit entre israéliens et palestiniens, j’ai pas de cailloux dans les poches et ce n’est pas un sujet tabou chez moi. En revanche je suis révolté par la façon dont sont traités depuis longtemps les habitants des territoires d’outre-mer (notamment ceux de l’Ile d’Ouessant, les pauvres).
J’ai aussi un peu de mal à devoir expliquer que non, je n’ai aucune envie de visiter l’Algérie; je préfère aller en Savoie, y a du reblochon. Ou en Italie. Et là je dois aller à la Volksbank retirer des CZK pour Noël (pourtant y a aucun tchèque dans ma famille).
Je n’ai jamais eu l’occasion d’apprendre l’arabe, en revanche je commence à pouvoir établir une communication de base en allemand (avec un serveur de restaurant, quoi, pour lui demander s’il n’y a pas de porc dedans: « ohne Schwein, bitte? »).
J’ai des frissons d’identité nationale quand je repense: au portrait de Robespierre, à Batiston à terre, aux résultats des présidentielles 81 ou 88 qui s’affichent sur un écran de télé, au match France-Brésil 86 en quart de finale au Mexique et à ma première bolée de cidre. Sinon, j’ai aidé à égorger un mouton; c’était pas dans une baignoire mais on fêtait l’Aïd el Kébir. La semaine prochaine je rentre « chez moi » le temps d’un RDV médical: ça va me faire plaisir de voir la cathédrale et de manger l’abourhbouch de ma mère.
Ironie du sort, le consulat vient de m’envoyer ma carte de français de l’étranger.

Alors avant de passer au dessert, qui se trouve être une simple mais exquise tarte aux poires avec une fève tonka râpée sur la poudre d’amande, j’ai une pensée émue pour le bruit, l’odeur, les auvergnats, ceux qui restent des arabes, et ceux qui sont peut-être pas natifs de Lormont, mais peut-être bien de Quimperlé. Amen.

(pour un petit moule à tarte) Sur une pâte crue, déposer trois cuillers de poudre d’amande, saupoudrer une fève tonka râpée, installer astucieusement deux poires coupées en fines tranches, saupoudrer de deux cuillers de sucre et 35 min de four Th 6.
Supplément footballistique corrigé grâce à la vigilence de Malou (j’y ai pensé dans la nuit): au sujet des mains, y a aussi celle de Vata lors de la demi-finale de la coupe des clubs champions 92 entre Marseille et FC Porto le Benfica de Lisbonne: il met tout simplement un but de la main, l’arbitre l’a pas vu et le FC Porto Benfica a gagné et c’était d’une injustice totale (en plus Papin a changé de club juste après du coup il a jamais gagné de finale de coupe d’Europe).
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